Vidéo : Regarder sur YouTube

En Afrique centrale, au cœur du Cameroun forestier, le fleuve Nyong traverse la région du Centre et dicte le rythme de vie de cités historiques comme Akonolinga et Ayos. Ici, la subsistance et le danger partagent le même lit. Pendant que les enfants nagent et que les familles extraient le sable, cultivent les rives ou y abreuvent le bétail, la menace de Mycobacterium ulcerans plane sur chaque contact avec la nature. Dans les villages, les hypothèses populaires fusent pour expliquer la contagion, certains accusent la récolte des mangues, d'autres suspectent la piqûre d'insectes d'eau ou le contact avec des animaux fréquentant les mêmes marécages. Ce foisonnement de croyances souligne une vérité scientifique fondamentale. L'ulcère de Buruli est une maladie environnementale où la faune aquatique, le cheptel, la végétation des berges et les activités humaines s'entremêlent.

La cruauté de cette maladie tropicale négligée tient à son arme biologique silencieuse. La bactérie produit une toxine lipidique unique mycolactone, capable de détruire massivement les tissus tout en anesthésiant localement les fibres nerveuses. Parce que le nodule initial ne fait pas mal, le patient attend, pensant à une banale égratignure ou à un mal mystique. Lorsque la lésion éclate en un ulcère géant au centre nécrotique blanchâtre, les familles se tournent d'abord vers les décoctions d'écorces pour tenter d'extraire la plaie, retardant l'antibiothérapie ciblée jusqu'à ce que les articulations se rétractent et que le handicap devienne irréversible.

Vouloir éradiquer l'ulcère de Buruli uniquement derrière le comptoir d'un hôpital est une impasse. Cette infection rappelle l'urgence d'adopter l'approche Une Seule Santé, pour briser la transmission, il faut comprendre le réservoir écologique de la bactérie dans les zones humides, surveiller les hôtes animaux à l'interface de l'eau et protéger les communautés lorsqu'elles exploitent les ressources du fleuve. La prise en charge précoce par les antibiotiques sauve la peau du malade, mais seule la maîtrise de notre interface avec les écosystèmes permettra d'assécher définitivement la source de l'atôm.